statistiques
Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

07 juillet 2015

Pourquoi la Grèce doit rester dans la zone euro

 

Je vous propose cet article écrit hier sur le site de Marianne, par mon ami, 

Dominique Villemot

Avocat, président d'honneur de l'association Démocratie 2012 et auteur de La gauche qui gouverne (Privat) que nous avons reçu à Béziers le 23 octobre 2014

Il est sans doute un des plus fidèles soutiens de François Hollande.

 

Alors que le chef de l'Etat va s'exprimer sur le sujet, en fin de journée, avec Angela Merkel, Dominique Villemot estime que "la Grèce doit rester dans la zone euro". Car, explique-t-il, ce serait d'abord pour la France "renoncer à 40 milliards d'euros" que lui "doit" la Grèce. Par ailleurs, cela "signifierait la fin de la zone euro, à plus ou moins brève échéance." Enfin, "mettre dehors un pays qui vote contre l'austérité constituerait, prévient-il, un cadeau politique formidable au FN". 

Contrairement à ce qu’essayent de nous faire croire certains dirigeants européens, ou certains dirigeants de la droite française, la Grèce n'a pas dit non à l'euro. Elle a dit non aux propositions des créanciers (le FMI, l'Union européenne et la BCE).

Plus précisément, elle a dit non à des propositions qui ne comportaient aucune disposition sur la dette publique. La Grèce ne pouvait pas accepter un plan qui ne comportait que des concessions de sa part en matière de mesures budgétaires et fiscale et aucune concession de la zone euro en matière de dette publique. Un bon accord est un accord qui se traduit par des concessions réciproques.

La balle est donc maintenant entre les mains des dix-huit autres Etats membres de la zone euro. Soit ils acceptent de reprendre les négociations avec la Grèce, en incluant un volet dette publique, soit ils ne l'acceptent pas et condamnent la Grèce à sortir de la zone euro.

Tout milite pour un maintien de la Grèce dans la zone euro.

Tout d'abord des arguments bassement matériels. Une négociation sur la dette pourrait signifier, comme l'a proposé le FMI la semaine dernière, soit d’allonger à quarante ans le délai de remboursement de la dette grecque et lui accorder un délai de grâce de vingt ans avant de payer des intérêts, soit d’accorder un abandon de 30 % du montant de la dette. Cela choque beaucoup de monde, mais il faut comprendre que la sortie de la Grèce de la zone euro se traduirait par une dévaluation très importante de la drachme et ferait exploser le ratio dette publique libellée en euros/PIB calculé en drachmes. En conséquence, la Grèce ferait faillite complètement et ne rembourserait rien. Pour la France, à qui la Grèce doit environ 40 milliards, cela veut dire, en cas de reprise des négociations, renoncer à 12 milliards et, en cas de sortie de la zone euro, renoncer à la totalité des 40 milliards.

Pour pouvoir rembourser au moins une partie de ce que doit la Grèce, il n’y a qu’une seule solution : qu’elle retrouve le chemin de la croissance. Cela n’est possible que si on lui permet de souffler un peu.

Ensuite, ne nous ne faisons pas d'illusions. Une sortie de la Grèce signifierait la fin de la zone euro, à plus ou moins brève échéance. On nous dit que ce risque n’existe pas, que la zone euro est beaucoup plus forte qu'en 2010, qu'elle s'est dotée des moyens d'organiser sa survie, avec la création du Mécanisme européen de stabilité (MES) et avec la politique d'achat de dettes publiques par la BCE.

Certes. Mais une sortie de la Grèce de la zone euro signifierait que les peuples n'ont le choix qu’entre l'austérité ou quitter la zone euro. Cela démontrerait aussi que la zone euro n'est pas une union économique et monétaire, mais un simple mécanisme de changes fixes dont on peut sortir. Nous retournerions vingt-cinq ans en arrière, à l'époque du serpent monétaire européen.

Enfin, la décision de mettre dehors de la zone euro un pays qui vote contre l'austérité constituerait un cadeau politique formidable au Front national. Celui-ci dit en effet depuis des années que la zone euro est une organisation antidémocratique et prône la sortie de la France de la zone euro. Faire sortir la Grèce de la zone euro constitue le meilleur moyen de légitimer le programme économique du Front national.

Pour toutes ces raisons les dirigeants de la droite ou de l'UDI qui se prononcent pour une sortie de la Grèce de la zone euro ne font pas preuve de responsabilité.

Le président de la République, François Hollande, a donc eu raison de prôner constamment la négociation et de dire de manière permanente que la Grèce ne devait pas sortir de la zone euro. Il joue un rôle important d'intermédiaire entre l'Allemagne et la Grèce. Ce faisant, il défend les intérêts de l'Europe et surtout ceux de la France.

6 juillet 2015

 

 

 

Les commentaires sont fermés.