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21 janvier 2013

La République en péril !

Toujours à propos du scrutin bi-nominal paritaire pour les élections cantonales, (Voir « La République à la renverse », 18 janvier 2013) je ne résiste pas à vous faire partager le point de vue de Isabelle Germain, rédactrice en chef des Nouvelles News, l’autre genre d’info, http://www.lesnouvellesnews.fr, qui relate plus longuement  les débats au sénat de la semaine dernière.  

Je passe sur les questions bêtes « Comment fera-t-on avec un candidat transsexuel ? » ou les considérations imbéciles du genre « la parité obsessionnelle » ou « la parité mesurée ( ?) a 50/50 » de la part d’honorables parlementaires qui ignorent encore que plus de dix ans après une modification constitutionnelle (juillet 1999) et le vote de la première loi d’égale représentation des hommes et des femmes dans les assemblées élues (juillet 2000), les conseillères sont encore la portion congrue dans les assemblées des départements;  tant il vrai que l’UMP, pourtant tenue par l’article 4 de la Constitution  (qui assigne aux partis la responsabilité de contribuer « à la mise en œuvre du principe énoncé au second alinéa de l'article 1er c'est-à-dire l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats et fonctions électives-  dans les conditions déterminées par la loi » )semble s’asseoir sur le texte fondateur de la Ve République. Un comble pour des personnalités qui se prévalent du gaullisme !

Isabelle Germain sera certainement de mon avis pour décerner la palme du dévouement à la Cause à l'UMP Bruno Sido préconisant vaillamment de ne rendre cette mesure effective que le temps d'une mandature : «six ans après, on pouvait laisser le binôme mais en n'imposant plus la stricte parité puisque les femmes auront pu faire leurs preuves.» Félicitons le au passage pour sa bonne connaissance de l’histoire des droits politiques des femmes, puisque, très inspiré, celui-ci n’a pas hésité à reprendre l’idée du « scrutin des morts » de Maurice Barrès en 1916 qui prévoyait de limiter l’accès au droit de votes aux veuves et mères de soldats tués ; ou encore, du Rapport que le 3 octobre 1919[1], le sénateur Alexandre Bérard fait sur plusieurs propositions de loi « tendant à accorder aux femmes l’électorat et l’éligibilité » qui commence par une question, « Les mains des femmes sont-elles bien faites pour le pugilat de l’arène publique » ? Et termine, péremptoire, par cette affirmation « séduire et être mère, c’est pour cela qu’est faite la femme » !

Dans cette veine, félicitons particulièrement l’UMP Christophe Béchu se fendant de cette histoire : « Soit cette scène dans un hôtel de New York. Une jeune femme aux formes avantageuses s’approche d’un buffet et avisant Albert Einstein lui déclare : "Ayons des enfants ensemble ! Imaginez qu’ils aient votre intelligence et ma beauté !" Einstein lui répond : "Et si c’était l’inverse ?" C’est à quoi revient le scrutin binominal ! » ("Exclamations et rires à droite", relate le compte-rendu des débats). Et  n’oublions surtout pas le non moins UMP Gérard Longuet jouant la carte de la bienveillance bonhomme en déclarant :« Nous savons, en province, que ce sont les femmes qui gèrent les maisons et les budgets et donnent les grandes directions.»

Le Parti Socialiste n'a pas manqué cette occasion pour dénoncer dans un communiqué « un véritable festival de misogynie de la part des sénateurs UMP »... et pour ironiser : « Il est vrai que l’égalité entre les femmes et les hommes ne figure pas, et loin de là, dans les préoccupations de l’UMP comme en témoigne le nouvel organigramme de sa direction ».

Très franchement, je les trouve un peu sévère.

Car enfin les sénateurs UMP avait bien du avant d’entrer en scène, un peu  travailler leur texte. Et rendons leur grâce d’avoir su trouver des arguments dans la plaidoirie contre le droit de vote des femmes du  sénateur Armand Calmels  en 1932:  « Nous sommes disposés à accorder aux femmes tout ce que leur sexe a le droit de demander, mais en dehors de la politique… Nous avons remonté d’autres courants que le féminisme. Nous avons remonté le courant du boulangisme – du Général Boulanger, un populiste  anti- parlementaire et anti-républicain - , le courant du nationalisme et toutes les fois que la République a été en péril, c’est le Sénat qui l’a sauvée ! ».



[1] Rapport n ° 561, annexé au procès-verbal de la séance du Sénat du 3 octobre 1919.

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