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10 janvier 2012

Le magasinier

Plus de 10 ans après une modification constitutionnelle (juillet 1999), et l’application d’une loi deux législatures plus tard (2002 et 2007) les femmes ne représentent encore aujourd’hui que 18, 5% des députées à l’Assemblée nationale. Les partis et organisations politiques ont montré qu’ils n’étaient pas dissuadés par les sanctions financières encourues par ce déficit de représentation. Depuis 5 ans, le Parti socialiste se voit privé chaque année de 500 000 euros de financement public. La sanction financière de l’UMP s’élève à 4 millions d’euros. La France se situe au 64e rang mondial et au 19e rang des pays de l’Union européenne pour la présence des femmes à la chambre des députés.  

            Dès le début de l’année dernière (février 2011), l’Observatoire régional de la parité animé par l’Assemblée des femmes du Languedoc-Roussillon, a proposé un rapport[1] AG 10 fevrier 2011 Rapport souscription.pdf destiné à nourrir la réflexion des partis politiques à l’heure des investitures pour les élections législatives de 2012.

            La Région ne s’illustre pas par le nombre de ses représentantes dans les Assemblées nationales[2] : depuis 1944 elle a fourni 9 députés et 5 sénatrices. La distorsion entre « candidates » et « élues » aux législatives de 2007 y est flagrante : 44, 4% de candidatures féminines (41, 6% au niveau national), 9,5% des élus (18, 5% au niveau national).

            Pour inverser la situation, l’étude a pris en compte les délimitations issues du redécoupage de 2009 et la création ou la disparition de circonscriptions. Sur les circonscriptions redécoupées, nous avons projeté les résultats des élections législatives de 1997, 2002 et 2007, avant de proposer une méthode inspirée du dispositif que le Parti travailliste avait mis au point en 1993 pour imposer des femmes aux parlement.

            Les circonscriptions ont été alors classées en plusieurs catégories : nouveaux sièges à pourvoir ; siège détenu par le parti et dont le sortant ne se représente pas ; siéges « bétons » (gagné à toutes les élections) ; sièges « sûrs » (deux fois gagnés avec  52, 5% des voix ou plus) ; sièges « probables » (deux fois gagnés avec moins de 52, 5%) ; sièges « gagnables si » (une fois gagné) ; siège « très difficile » (trois fois perdu). La méthode de l’Observatoire régional consiste à attribuer à des femmes la moitié de chaque catégorie de circonscription. Que la situation électorale de 2012 penche dans un sens ou dans l’autre, l’application de ce système garanti une représentation considérablement accrue des femmes à l’Assemblée.  

            Est-il nécessaire de souligner que la condition du succès de cette méthode réside dans le degré de volonté politique des partis ayant le plus de chance d’obtenir de nombreux représentants, le PS et l’UMP ?

            Il est intéressant de savoir aujourd’hui comment les deux principaux partis qui structurent notre vie politique ont intégré ces recommandations.  

            En octobre 2011 le Parti socialiste s’est penché sur les investitures aux législatives de 2012. Nous lui avons proposé une approche régionale de la méthode préconisée en février 2011[3]. A l’inverse, l’UMP pouvait s’en inspirer. PS investitures législatives 31 oct 2011.doc.pdf

            Au terme de ce processus et au niveau national, 48, 64 % des circonscriptions législatives ont été féminisées par le PS, et le pourcentage de candidates par région s’échelonne entre 20% en Région Limousin à 76, 92 % en Poitou - Charentes. DESIGNATIONS PS LEGISLATIVES 2012.xls.pdf

            Le Languedoc – Roussillon affiche un taux de 45%. Parmi les 5 départements, les Pyrénées-Orientales (2 circonscriptions féminisées sur 4), l’Aude, (une sur 3, la 2eme de Narbonne, classée « béton »), la Lozère (l’unique circonscription a été attribuée à une femme), ont parfaitement joué le jeu. Le Gard (40%) n’a pas attribué à une candidate une circonscription nouvellement crée. Quant à l’Hérault (37, 50%), fort de 9 circonscriptions dont 2 nouvellement créées, on aurait pu espérer ce meilleur résultat qui aurait dû hisser la Région Languedoc-Roussillon au dessus de la barre de l’excellence au-delà des 50%. Ce jugement purement quantitatif est cependant à tempérer, par une investiture féminine de très bonne qualité accordée sur la 2eme circonscription de Montpellier (la meilleure circonscription de la Région pour la Gauche) qui cumule à l’avantage d’être « béton » la particularité du « sortant du parti qui ne se représente pas ». Et sur le papier un succès garanti de la candidate.

            Le tout nous permet d’escompter à minima, c'est-à-dire en cas de brises contraires à la Gauche après la présidentielle, deux nouvelles députEs socialistes en Languedoc –Roussillon, une narbonnaise et une montpelliéraine.  Parti de zéro depuis 2002, c’est une avancée, certes à pas comptés, mais que l’élection de François Hollande peut amplifier.

            Des vents contraires à la Gauche profitant en règle générale à la Droite, des efforts similaires  de l’UMP auraient pu, vous l’aurez compris,  garantir  à minima le contrat proposé aux deux partis par l’Observatoire régional de la Parité en février 2011.

            C’est aujourd’hui à Paris que les chefs départementaux du parti du Chef de l’Etat vont proposer des noms ldes candidats. Autant dire que c’est mal parti !

            Cinq candidates  sont proposées dans les 23 circonscriptions du Languedoc-Roussillon  soit 21,7% dont une sortante dans les Pyrénées-Orientales (4e circonscription) et,  pour reprendre l’expression employée par les 4 autres impétrantes, 4 « kamikazes », dans des circonscriptions PS en béton, dans l’Aude (Carcassonne), le Gard, et l’Hérault encore détenues par ailleurs par des sortants socialistes. Il peut être regrettable qu’aucune des deux nouvelles circonscriptions de l’Hérault, la 8e et la 9e  plutôt favorables à la Droite, et ne comportant pas de sortant,  n’ait pu être féminisées.

            Mais le pire est à venir, dans les propos du Sénateur maire de Nîmes Jean-Paul Fournier et secrétaire départemental de l’UMP : « On n’est pas très bon avec les femmes. J’avoue que ce n’est pas super. On vient d’en rentrer deux ou trois au conseil général » et qui résume la difficulté par « le peu de femmes en magasin » (Midi-Libre, 10 janvier 2012).Midi Libre Legislatives Ump 10 01 2012.pdf

Au moment où des voix s’élèvent de tous bords pour réclamer l’abolition de la marchandisation des femmes en tant que frein à la prostitution, il s’agit, s’ils n’ont pas été prononcés de manière irréfléchie et irresponsable, de considérations non seulement particulièrement blessantes vis-à-vis des femmes, mais aussi totalement à contre courant du mouvement de leur émancipation.

Ce qui me conduit à proposer à l’UMP d’envisager à l’horizon de 2014, de changer de « magasinier » dans le département du Gard et de sortir du rayon poussiéreux des oubliettes pour les prochaines sénatoriales cette femme maire remarquable qui lui tient lieu de suppléante au sénateur maire de Nîmes Jean-Paul Fournier.   

             

 



[1] Rapport « Législatives 2012. Objectif : parité. Proposition de méthode pour féminiser la représentation nationale ». Préface de Françoise Gaspard, historienne, sociologue et femme politique, document 40 pages, janvier 2011.

[2] Patric Roger, Le Monde, 23 février 2011.

[3] Femmes députEs en Languedoc-Roussillon : quelques propositions pour le choix des candidates par le Parti socialiste. Note 3 pages, 31 octobre 2011.

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