statistiques
Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

07 novembre 2009

Les vessies

Je vous l’ai déjà dit.

            Quand on veut enterrer une question, on la noie dans un contexte plus général de manière à ce qu’elle n’apparaisse plus au premier plan.

            Prenez la question de l’égalité des hommes et des femmes.

            Cela a beau être un principe gravé dans le marbre de la Constitution, cette question reste problématique. Non pas en regard des moyens à mettre en œuvre pour remédier aux inégalités qui frappent les femmes, mais parce ce que souvent, les régler remet en question un certain nombre de privilèges dont les bénéficiaires ne veulent pas se départir.

            Prenez la réforme territoriale. Vous avez vu ces jours-ci que si les associations féministes se décarcassent pour dénoncer le funeste projet de Nicolas Sarkozy : on élit, pour faire plaisir au lobby des présidents de conseil généraux, ils sont légions à siéger à l’Assemblée nationale et au Sénat, 80% des futurs conseillers territoriaux au scrutin uninominal en conservant en quelque sorte des supers cantons, et on fait passer à la trappe 37% de la représentation féminine régionale. Les femmes représentent aujourd’hui 47,5% des effectifs des Conseils régionaux, après la réforme, elles ne seront plus que 20%.

            Et les élus d’opposition, s’ils s’agitent beaucoup sur d’autres points de la réforme, sont, à une ou deux exceptions près –je citerai par exemple, hors du corpus de la plupart des sénatrices démocrates et de progrès,  les sénateurs Fauconnier de St Affrique dans l’Aveyron, Teulade d’Argentat en Corrèze, Navarro de Montpellier dans l’Hérault, Courteau de Narbonne dans l’Aude… – muets sur ces question d’assassinat de la parité. Parce qu’il y a des intérêts supérieurs ?

            C’est possible, mais la représentation des femmes là où se prennent les décisions qui conditionnent la vie de toutes et de tous est primordiale. Vous en doutez ?

            Eh bien, c’est à partir de l’après guerre quand les femmes ont été électrices et éligibles que la révolution de leur condition plus importante en 30 ans qu’en plusieurs siècle a été amorcée : contraception, IVG, droit au travail, parité…

            Bref. Le principe fondamental d’égalité entre les femmes et les hommes a d’abord été intégré à la nébuleuse de « l’égalité des chances » (une invention des britanniques au Parlement européen). Ce qui ne veut rien dire. Car il y a une différence entre pouvoir également bénéficier d’une opportunité de promotion dans une entreprise ou en politique par exemple, et se voir condamnée en toute légalité à être moins payée ou recevoir une investiture dans un canton ou une circonscription imprenable.

            Comme cela continuait à être gênant,  elles continuaient à dénoncer les inégalités  malgré l'égalité d'opportunité, on a pensé camoufler ces récriminations dans la « diversité », c'est-à-dire, la composition d’un organe de décision où siégerait un « noir », un « arabe », un jeune, un vieux,  et… une femme pourquoi pas ?

            Le problème c’est qu’il y a aussi des femmes noires, des femmes arabes, des jeunes et des vieilles … et que les femmes ne sont pas une catégorie ethnique mais bien la moitié de la terre, la moitié du ciel, la moitié de la société.

            Aujourd’hui, le Ministre du travail promet des sanctions aux entreprises qui persisteront à verser aux femmes des salaires inférieurs à ceux de leurs homologues masculins. C’est une bonne idée. Reste à savoir quelles sanctions, et comment elles seront appliquées.

            Parce côté parité politique cela ne marche pas. L’UMP a choisi de payer  4 millions d’amende par an plutôt que de présenter des femmes aux législatives de 2007 ; le PS de son côté s’est vu taxé de 500 000 euros par an pour n’en avoir présenté que 46,5% au lieu des 48%  attendus par la loi.

            Dernière chose, Madame Alliot-Marie, Garde des Sceaux.

            Au lieu de nous parler des 178 femmes qui meurent sous les coups de leur conjoint chaque année en France, elle met en lumière l’existence d’hommes battus par leur femme. Je ne nie pas que le problème puisse exister, mais il ne faut pas confondre le « soufflet » que prend un homme de temps en temps pour s’être montré malséant, avec l’ampleur des violences, largement dénoncées, largement chiffrées, largement connues, et  dont sont encore victimes les femmes dans nos société évoluées.

            Ainsi, Mme Alliot-Marie évite d’aborder la question sur le fond, et pour nous « occuper », elle promet d’équiper 20 de ces milliers de françaises qui sont menacées tous les jours, d’un téléphone d’alerte portable.

            Comme en Espagne ?

            Sauf que Zapatero, a équipé dés le premier jour de la plainte toutes celles qui étaient en danger et a nommé 400 nouveaux juges pour s’en occuper.

Je n'aime pas qu'on essaye de nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

 

             

16:44 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Bravo pour votre article ! Oui, la vigilance est nécessaire dans tous les domaines de l'économie et de la Société. En politique aussi, les droits des femmes sont bafoués et elles sont au mieux un alibi ("la" femme de la liste, aux côtés du "Noir" et de "l'arrabe", pour afficher la diversité à la mode !) au pire une variable d'ajustement (les pires affectations, le siège éjectable, pour être le fusible qui sautera ou le "lampiste" qu'on montrera du doigt quand cela va mal !). Je suis avec vous à 100 %. Comment faire entendre les voix des femmes alors que X. Darcos lance la concertation sur l'égalité de traitement entre femmes et hommes au sein des entreprises ? Comment faire remonter les témoignages de ce qui se passe en 2009 dans les entreprises, dans les Fonctions Publiques ?
Si vous avez une idée, je suis prête à vous rejoindre. Je suis avocate au Barreau de Paris, spécialisée en droit social et passionnée par les questions où le droit rejoint les problèmes de société comme celui-là.

Cordialement,
Nadine REGNIER ROUET
cn.regnier@numericable.fr - n2ravocats@gmail.com

Écrit par : Nadine REGNIER ROUET | 08 novembre 2009

article très intéressent ,merci

Écrit par : david | 19 novembre 2009

inscriptions à la reuniondu 9 12 09

Écrit par : genevieve Charles et Lucienne Buton | 02 décembre 2009

Les commentaires sont fermés.