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09 août 2009

La démocratie des mots

« Lorsqu’on ne peut plus, au nom de la démocratie, refuser aux femmes l’accès à certaines professions, la langue devient le dernier rempart contre l’égalité ». A l’instar de la politologue de l’Université libre de Bruxelles, Claudie Bodino*, chacun connaît les résistances de ces « directeurs » qui en fait sont des « directrices », de cabinet, d’administrations publiques, de collectivités territoriales,  mais qui par peur de se voir confondues avec leur ancienne directrice d’école ou de crèche s’opposent, souvent avec véhémence, à l’appellation au féminin de leur profession. A défaut de m’insupporter, cela  les rend bien souvent ridicules à mes yeux!

J’ai pourtant en mémoire le cas d’une Première présidente de Cour d’Appel manquer s’étouffer de rire chaque fois qu’un très honorable bâtonnier employait, croyant bien faire, pour s’adresser à elle, un sonore Madame LE Premier !

Plus récemment, j’ai entendu une pléiade d’élus qualifier leur Préfète qui n’en demandait pas tant … de Préfet, un peu comme si ce féminin les écorchait. Mettons ici cette maladresse sur le compte de leur embarras. Car, malgré les mesures politiques qui ont souligné la légitimité des noms des fonctions exercées par des femmes, comment faire, au fond quand votre directrice de cabinet ou d’administration veut être directeur et n’en démord pas ? Et à plus forte raison, quand vous avez dans votre département, touché une préfète ! Et si elle aussi ne voulait n’être que préfet ?

Bref, me direz-vous, des détails !

Eh bien non !

Quand dans la presse à Montpellier j’entends parler DU maire, sur le coup, je ne comprends pas. Car Frêche, depuis 2004 ne l’est plus. Et le vrai changement, c’est qu’à son insistance, c’est une femme qui l’est devenue. Une « mairesse» donc, dont on essayerait de nous faire croire, que le terme, parce péjoratif ne serait pas approprié !

Soit ! Mais à Québec, où comme nulle part ailleurs on défend mieux la langue française – ne vous avisez pas d’y parler de fax pour télécopie ou de mail pour courrier électronique-, la mairesse est la première magistrate de la ville.

Il faut dire qu’on ne les compte pas comme en France sur les doigts de la main. En Languedoc-Roussillon, où un maire sur dix est une femme,  vous avez plus de chances de les rencontrer dans les toutes petites communes que dans les grandes.

Alors, puisque Mme Mandroux est à Montpellier l’exception, pourrait-elle, au nom de toutes ces femmes qui soutiennent la revendication de leur désignation selon leur sexe, si ce n’est accepter comme les canadiennes, la « mairesse », au moins renoncer à ce masculin ?

S’agissant des femmes, aucun combat n’est ni neutre ni vain.

Avant 1968,  les jeunes filles du très « comme il faut » Lycée Paul Riquet de Béziers, le port du pantalon y était interdit, bravaient la censure en évitant le dit censeur … femme comme il se doit, dans cet établissement non mixte encore.

En juin 1981, une amie, Denise Cacheux, fraîchement élue députée socialiste s’est vue refuser par l’huissier l’accès de l’Hémicycle de l’Assemblée : elle portait un pantalon, c’était interdit, elle a proposé de l’enlever ; illico le règlement a été changé !

Cela s’appelle de la volonté politique. Il en faudra encore une bonne dose au Soudanaises passibles aujourd’hui  de 40 coups de fouets pour avoir mis un pantalon.

 

* Prendre la démocratie aux mots. Pour une réappropriation citoyenne de la langue et de ses usages. Claudie Bodino. Editions L’Harmattan. 2008.

 

14:35 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

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