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28 avril 2009

Ronds de cuir

En 1925, Mr du Bourblanc, Chef du 2e Bureau du Contrôle central et des Contributions de la Ville de Paris,  produit pour son Chef de service, Mr Bonnard « un avis » (gageons qu’il lui avait été réclamé) sur « la désignation des emplois de Chefs et de Sous-chefs de bureau qui pourraient être confiés à des femmes ».

            L’ENA n’ayant pas encore été inventée, Mr Bonnard attaque et n’y va pas par quatre chemins. Il démarre par , « parmi les nombreuses mesures néfastes, prises, en matière de personnel, soit par le Conseil municipal, soit par l’Administration préfectorale elle-même, l’une des plus regrettable est assurément celle qui a donné accès aux femmes dans le grade supérieur ». Et conclut dans la même veine, qu’il estime nuisible « au bon fonctionnement du 2e bureau la désignation qui pourrait être faite dans l’avenir d’un chef ou d’un sous –chef de bureau femme ». Après s’être toutefois demandé « si la femme, être nerveux et impulsif par tempérament, serait qualifiée pour prendre une décision administrative dans la mesure où celle-ci serait laissée à l’initiative du chef de bureau ».

            Ce qui prouve que déjà en 1925, les femmes n’avaient ni le droit de vote, ni celui d’être élue et le droit civil faisait encore d’elles des incapables majeures, le Conseil municipal de Paris posait néanmoins la  question de leur accès à la sphère de décision.

            Je ne connais pas la suite de l’histoire. Mr du Bourblanc a-t-il gravé dans le marbre du machisme – le mot n’était pas à l’époque encore inventé -, la note de Mr Bonnard ? Ou l’a-t-il rétrogradé pour fait de sexisme –le mot n’existait pas encore non plus- ? Mais l’anecdote souligne une fois encore que la question des femmes avance avec des volontés politiques, ici le Conseil municipal de Paris et des hommes courageux.

            En 1996, une Recommandation du Conseil de l’Union européenne  « une participation équilibrée des femmes et des hommes aux processus de décision est susceptible d’engendrer des idées, des valeurs et des comportements différents, allant dans le sens d’un monde plus juste et plus équilibré, tant pour les femmes que pour les hommes », a conduit Lionel Jospin, alors Premier secrétaire du PS a adopter un quota intra partisan de 30% de candidature féminines aux législatives de 1997, avant de faire voter, une fois devenu Premier  ministre la loi dite sur la parité du 6 juin 2000.

            Ce qui encore prouve  trois choses. D’abord que si le Conseil de Paris (comme celui de toutes les villes de plus de 3500 habitants) compte aujourd’hui autant d’hommes que de femmes et un nombre égal d'adjointes et d'adjoints, c’est à cause de l’Europe.

            Et que si la question  « à travail égal, salaire égal » a été introduite dans la loi  française dès 1972, les femmes doivent le principe d’égalité de rémunération entre les hommes et les femmes aux « pères fondateurs » du Marché commun qui l’ont inscrit dans le Traité de Rome (article 119).

            Et qu’enfin, si la Communauté européenne avait existé en 1925, Mr Bonnard au minimum se serait fait sévèrement remonter les bretelles – il devait bien en porter-, par la Cour européenne de Luxembourg.

 

PS : Merci à Monique Cordoni, Secrétaire générale de la SEMLH, pour m’avoir transmis la note écrite par Mr Bonnard en 1925. Puisse qu’elle trouve ici quelques consolations à l’ampleur de son indignation.la_femme_en 1925.pdf

17:06 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

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