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07 septembre 2007
« Que sa joie demeure » !
Elle avait quelque chose de Léa, l’héroïne de Régine Desforges de « La bicyclette bleue ». Comme Léa, elle était née à Bordeaux, comme elle, elle travaillait , déjà à 18 ans, pour les réseaux de la Résistance. Sauf que Léa faisait le courrier sur sa bicyclette bleu et qu’elle, embauchée sur ordre du Réseau à la préfecture y fabriquait des faux papiers qu’elle transportait dans un sac à main à double fond. Au nez de Maurice Papon, alors Préfet de la Gironde qui officiait quelques étages plus bas.
C’était Yvette Chassagne.
Elle avait acquis à la fin de guerre, cette joie intérieure qui ne la quittait que pour rêver la nuit, encore 60 après, de bruits de bottes sous la fenêtre de sa chambre. Joie de vivre, de manger –elle disait, « depuis la guerre, j’ai toujours faim », joie de travailler, bref, joie d’exister et d’avoir voulu exister.
Et cette joie lui avait donné cette force intérieure d’enfoncer les portes interdites. Avec brio –et l’aide certainement de ses amis du Parti socialiste SFIO clandestin qu’elle avait rejoint dès 1942 – elle avait intégré la toute nouvelle ENA dont elle ne manquait pas de souligner qu’elle devait à Michel Debré qui en avait ouvert, "au grand dam de certains de ses collègues les porte aux femmes," la possibilité d’y être entrée.
Ceci allait déterminer sa vie, toute tendue vers le devoir et le bonheur de servir parce que c’était pour elle une seconde nature. Si bien, qu’élue d’opposition à la mairie de Narbonne, elle n’avait pu s’empêcher de mettre ses compétences au service de plusieurs commissions. Tout naturellement !
Première femme à l’ENA, première femme au ministère de la Guerre, première femme « directeur » (elle devenait enragée quand je parlais de directrice) au ministère des finances, première femme « directeur » au ministère de la coopération « je signais les chèques des chefs d’Etat Africains », racontait-elle, elle avait intégré la Cour des comptes avant d’être choisie pour endosser l’uniforme – "taillé par Lanvin et payé de (ses) deniers"- de la première femme Préfet voulue par François Mitterrand et nommée par Gaston Deferre. Ce qui lui valait qu’entre nous, nous l’appelions la Préfète, déclenchant aussitôt un cinglant « la Préfète c’est la femelle du Préfet ! ».
Il faut dire, que même en 1981, elle en avait bavé des ronds de chapeaux : les épouses des conseillers généraux de son département ayant refusé d’accompagner leur mari à la première invitation du Préfet, « pensez, une femme préfet » !
Elle avait été très belle et l’était toujours restée.
Elle s’est éteinte dans la nuit du 3 septembre, peut-être, parce que cette joie intérieure l’avait quittée.
Elle m’avait, quelques temps auparavant, interdit d’être triste quand cela arriverait. « Hop », disait –elle, « une nécro dans Le Monde, une caisse en bois et au feu, et le reste dans la mer ».
C’est fait ; j’ai vu ce matin son âme voler autour de sa place à Nissan, au jardin, dans le salon, dans la chambre qu’elle y occupait.
Elle portait sur sa poitrine sa croix de Commandeur de la Légion d’Honneur ; pour défier encore le bruit des bottes de la gestapo qui la guettait à Bordeaux.
Je l’aimais, c’était mon amie, notre amie.
11:03 Publié dans femmes et politiques | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Commentaires
Yvette Chassagne était aussi mon amie et j’étais, je crois, le sien ; j’avais comme toi ce privilège.
Femme exceptionnelle, elle avait choisi il y a quelques années de rejoindre une terre qu’elle connaissait depuis longtemps, qui n’était pas la sienne mais qui allait vite le devenir. Femme de caractère et d’une immense culture, elle avait cette simplicité et cette modestie que l’on ne trouve que chez les plus grands. Première femme sortie de l’ENA, première femme directeur d’administration centrale, première femme Préfet, première femme président d’un grand groupe (UAP), et titulaire des plus grandes et prestigieuses décorations, Yvette avait l’autorité naturelle des personnages d’exception. C’est un grand serviteur que notre Pays vient de perdre. J’en suis comme toi profondément affecté.
Ecrit par : Jacques Lombard | 06 septembre 2007
respect !
Ecrit par : pierrot le zygo | 07 septembre 2007
je ne l'ai pas connu assez longtemps pour l'aimer,mais je la respectée et l'admirai au plus haut point.CES FEMMES NOUS MONTRENT LE CHEMIN ET C'est grace à elles que nous avançons.Ne l'ayant pas appris en temps et en heure je n'ai pu partager les moments de regroupement.JE garderais toujours d'elle le souvenir de cette DAME QUI COMPRENAIT AUTANT LES AUTRES MERCI .
Ecrit par : suchail rosy | 23 septembre 2007
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