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15 avril 2007

Alger

J’ai toujours su que les islamistes n’avaient pas renoncé  au terrorisme en Algérie.

            Quand j’y suis allée pour la première fois en octobre 2003, j’ai vu dans les yeux de mes proches une inquiétude profonde et malgré les propos rassurants de mes hôtes, une escorte policière accompagnait sur place tous les déplacements ; la crainte était celle des faux barrages de police sur les routes dès qu’on prétendait s’éloigner du centre d’Alger.

            J’y suis revenue depuis,  à six reprises, la dernière fois il y a un peu plus de 3 mois. Ce que je peux dire, c’est que si la situation semblait se détendre, le terrorisme continuait toujours à frapper ici et là, qui à Miliana dans les collines au dessus de Blida, qui plus au Sud à Ghardaïa pour ne citer que ces deux attentats de l'année dernière; la presse en France en faisait chaque fois deux lignes… pour chaque fois une vingtaine de morts.

            Si les commentateurs politiques semblent redécouvrir aujourd’hui que le terrorisme existe encore en Algérie, c’est qu’Alger, dont les pouvoirs publics avaient cru faire le symbole de cette « renaissance », de ce « renouveau », de la réconciliation nationale après la décennie sanglante des années 90,  a été frappée en plein cœur ce 11 avril.

            D’un côté, à Alger, on réhabilitait, on aménageait, on cicatrisait les plaies, repeignant façades blanches et balcon bleus, libérant les entrées des immeubles emmurées,  on éclairait les rues, on rénovait dans la Casbah, on débarrassait les ruelles des gravats, on reprenait les grands projets, comme pour dire au monde, regardez nous sommes en quelque sorte redevenus « fréquentables » ; d’un autre, je voyais à chacun de mes séjours, le nombre de femmes voilées augmenter dans la rue, ou se baigner sur les plages ou dans les criques de Tipaza sans rien ôter de leur foulard ni de leur vêture.   

            Car rien fondamentalement n’a changé. L’été –il fait souvent plus de 40° -, l’eau manque. Pendant que des familles entassées à douze dans deux pièces étouffent et subissent les coupures, d’autres achètent des citernes pour arroser les pelouses de leurs demeures d’Hydra ou de Chéraga. Les jardins intérieurs, jasmis, hibiscus et éspèces rares,  ressemblent la nuit à des oasis; mais la misère est au bout de la rue.  L’alcool  est interdit mais de l'autre côté,  derrière les murs aveugles,  le champagne –frappé- , et importé coule.

            Deux mondes se côtoient mais s’ignorent. La corruption gangrène le pays. Les injustices criantes, la pauvreté, le chômage endémique, l'attente exaspérante du VISA qu'on éspère mais qui ne vient pas, les frustrations nourrissent la violence, la domination des hommes sur les femmes, et  le terreau du fanatisme sur lequel pousse le terrorisme.

            Alors, pourquoi s’étonner ?

            Les attentats du 11 avril à Alger ne sont pas une fatalité, mais simplement l’aboutissement d’un processus annoncé. On est passé simplement au niveau supérieur.

 

 

           

11:15 Publié dans femmes et politiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

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