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30 novembre 2006

Léna Nita

Témoignage. Voici ce que me dit ce soir Léna Nita à propos de « Femmes battues ».

« En tant que femme ayant subi des violences conjugales (entre autres) je confirme ce qu’a écrit Soezic.

 

 Depuis que j'ai quitté mon dernier conjoint violent (il y a 14 ans !!!) je vis sans homme et je n’ose pas essayer de refaire ma vie car j'ai trop peur de revivre la même chose. J'ai 45 ans et je vis sans homme depuis 14 ans !

 

Et je ne vous parle pas du stress post-traumatique et de l' aggravation de ma phobie sociale initiale... les cauchemars à répétition, la peur de sortir de chez moi... la liste de toutes les séquelles serait trop longue, mais je confirme: les dégâts sont très intenses, et probablement définitifs.
J'ai été recueillie plusieurs fois dans des foyers d’urgence pour femmes battues, et j' y ai vu des femmes brisées ! Et des enfants traumatisés et déstructurés... et certains de ces enfants (principalement des garçons ados) devenaient violents à leur tour... comme par hasard...
Il faut que cela cesse !
Bravo et merci pour cette note ».

Femmes battues

Il faut appeler un chat un chat. Et puisque Ségolène Royal nous y encourage en parlant de « vie chère » au lieu de ce « pouvoir d’achat » qui cherche à vous faire croire que votre note chez l’épicier n’augmente pas, il faut aussi parler de ces « femmes battues ».  Et s’interroger pour savoir pourquoi depuis quelques années, elles se sont fondues dans ces « violences conjugales », « violences de couple », « violences de genre »  selon la manière dont on a choisit de désigner les coups qui pleuvent sur elles.

            Eh bien,  j’y vois deux raisons.

            La première, c’est que les femmes battues, vous le savez, cela fait toujours un peu rigoler. Parce qu’il y a dans la tête de ceux (et celles) qui rigolent, l’idée que finalement, si c’est arrivée, c’est qu’elles le « méritaient bien ». Et offre comme sur un plateau l’occasion de dévaloriser par la dérision les victimes, de les discréditer aux yeux de l’opinion et de disqualifier celles qui tendent de les aider. J’ai vécu cela. Jeune Déléguée régionale aux Droits de la femme j’ai du avoir quelques explications musclées avec les diverses autorités pour qu’elles acceptent de prendre ce problème au sérieux. Et lorsque Mme Roudy, alors Ministre des Droits de la femme a décidé d’ouvrir aux victimes une ligne téléphonique, je ne vous dis pas ce que j’ai entendu. Des femmes, oui. Mais aussi au milieu des plaintes, des gracieusetés, bien sûr toujours anonymes dont la plus aimable était j’étais une mal b…, vous me comprenez !

            La deuxième, c’est que dans ce pays, très longtemps les femmes ont été obligées de biaiser. Je m’explique, partout encore, là où les décisions importantes se prennent, ce sont les hommes qui sont aux commandes. Et comme la violence faite aux femmes transcende tous les milieux, comment obtenir d’inscrire à l’agenda politique ou obtenir des moyens pour lutter contre ce fléau, de celui qui justement battrait sa femme ? Alors, il a fallu donner dans le « politiquement correct », et oublier un peu, au milieu de toutes les autres formes de violences (insultes, harcèlement, prostitution, abandon, pauvreté… ) que je ne néglige pas, ces « femmes battues » dont on ne voulais pas  somme toute entendre clairement parler.

            Alors, pour se donner bonne conscience on a fait des lois pour panser les plaies. Pour recueillir celles que l’on jetait en chemise de nuit hors de leur domicile, pour leur permettre de retrouver un travail, un peu de dignité, d’estime de soi, et d’offrir une vie normale à leurs petits. Mais ce sont les femmes qui ont fait cela. Au travers d’associations, le plus souvent avec des moyens financiers indignes, elles se sont substituées à l’Etat.

            Ce que dit Ségolène Royal aujourd’hui c’est que la question des femmes battues doit devenir une « affaire d’Etat ». Cela signifie qu’il ne suffit plus de traiter les effets de ce drame qui tue mais d’en éradiquer les causes. En quelque sorte, comme le dit Lacrapaude que les auteurs des coups soient mis hors de la loi. Ce que  la candidate du PS à la  présidentielle s’est engagé non  à faire. Car tel sera son premier projet de loi.

            Merci à Jean, Soezic et Lacrapaude pour leurs contributions sur « Chape de plomb »  qui m’ont donné l’opportunité de le dire.

29 novembre 2006

Cynisme ou électoralisme ?

Ainsi, le Conseil des ministres va proposer à l’Assemblée nationale un nouveau projet de loi pour la parité en politique. Il vise (pas tout de suite, tout de même, pas avant 2012/2014) à ce qu’il y ait autant de femmes adjointes aux maires que d’hommes dans les communes de plus de 3500 habitants ; autant de vice-présidentes que de vice présidents dans ceux des conseils régionaux ; à augmenter les amendes des partis qui ne présentent pas 50% de femmes aux élections législatives ; et, je garde le meilleur pour la fin à flanquer les conseillers généraux  de   potiches, non excusez moi, de suppléantes.

            J’ai dit ce que j’en pensais ce matin à 8 heures sur les antennes de France Bleu Hérault, et au risque de vous  lasser, tant pis, je le répète, on se fiche de nous !

            Pour les exécutifs municipaux ou régionaux, le projet de loi vient au secours de la victoire ; la plupart des grandes communes ayant, depuis 2002 de manière « naturelle », c'est-à-dire sous la simple pression des femmes et de l’opinion publique, chaque fois que l’occasion se présentait, nommé de nouvelle femmes adjointes au maire. Une rapide évaluation de l’Assemblée des femmes lui permet de comptabiliser aujourd’hui en Languedoc-Roussillon une proportion d’adjointes  supérieure à  40%. Même chose pour les exécutifs régionaux dont les ¾  en France sont paritaires dès leur élection en 2004.

            S’agissant des législatives je me limiterai à remarquer que le caractère incitatif de la loi est un échec, les partis se moquent des amendes, la preuve, celui du Gouvernement qui joue les vertus est incapable de dénicher plus de 30% de candidates, je les comprends si on ne leur propose comme dans l’Hérault que des circonscriptions perdues  d’avance. Non, tout cela est un leurre. Si l’on veut vraiment qu’il y ait plus de femmes députées, il faut changer le mode de scrutin uninominal (« Un scrutin de gladiateur » comme le disait Edouard Henriot, un homme politique de la IIIe République), par un scrutin proportionnel. Et avant, s’armer d’une bonne dose de courage et de volontarisme politique.

            Mais le mieux, c’est les conseils généraux, ces assemblées les plus archaïques de notre République, pensez, le notre, celui de l’Hérault compte 3 femmes sur 49 élus. Eh bien, savez-vous ce qu’ils ont inventé au Gouvernement ? C’est simple. Comme il ne faut pas faire de peine au lobby des départements en instaurant là aussi l’élection de leur assemblée par scrutin de liste, on va affecter chaque élu titulaire cantonal d’un suppléant du sexe opposé. Ce qui revient à dire, soyons clair et réalistes,  que dans chaque canton on aura un vrai conseiller général et une vraie fausse remplaçante pour faire de la figuration aux élections et qui ne siègera si j’ai bien compris que si le véritable s’éteint de sa belle mort.

            Mais j’ai pire dans mes cartons.

            Dès leur arrivé au pouvoir, les mêmes qui aujourd’hui, comme le dit Jacques Chirac « souhaitent faire progresser les droits des femmes » , se sont empressés en juillet 2003 de les faire régresser. Sous prétexte de moderniser le sénat, ils ont inclus dans la loi électorale une modification de la parité pour faire baisser la proportion  de femmes susceptible d’être élues à la Haute Assemblée. Tout simplement en limitant l’application du scrutin proportionnel plus favorable aux femmes dans les départements élisant non plus 3 mais 4 sénateurs.

            Je me souviens avoir, avec mes amies de l’Assemblée des femmes, saisi au cœur de l’été les 21 députés de notre région de ce que nous jugions comme un infamie. Vous en jugerez : Vademecum_lettre_deputes_synthese_reponses_ML.doc

 

24 novembre 2006

Chape de plomb

La presse regorgeait hier, demain est une journée d’action internationale, d’articles sur les violences faites aux femmes, et c’est tant mieux. On y apprenais (enfin ceux qui n’en savaient rien) que tous les 3 jours, une femme mourrait sous les coups de son compagnon.

L’Espagne a adopté une législation cadre, unique en Europe, suite à une promesse de campagne de José Luis Zapatero. Cette loi (Loi organique de protection intégrale contre la violence de genre), la première inscrite à l’ordre du jour des nouveaux Cortès a été adoptée à l’unanimité de ses membres. Mais elle tarde à produire ses effets. Malgré les tribunaux spécialisés qui ont commencé à fonctionner en juin 2005 (on comptabilise 150 000 plaintes en un an), 60 femmes ont été tuées par leur conjoint ou leur ex-conjoint en Espagne depuis de début de l’année.

Ce qui signifie que la loi ne suffit pas parce que le problème est ailleurs. Il réside dans les habitudes justifiées par l’image sociale des femmes que véhiculent les mentalités. Comment accéder au respect absolu lorsque la publicité, la télévision –quel jeune aujourd’hui n’a pas visionné un film porno ? -, les médias, transportent une image dévalorisée des femmes ? Et que sans plus réfléchir, parce que cela paraît « normal », des hommes politiques s’en font le relais ?

Ce matin, un socialiste (eh oui !), prenait dans un message qu’il m’a adressé la défense de Mr Gayssot (voir « Récidive » du 22 novembre repris par Midi-Libre de ce jour). Avec en creux dans son commentaire que … je pourrais avoir besoin de ses voix. C’est possible, mais je ne fonctionne pas comme cela. Et chaque fois que telle une chape de plomb, le machisme, l’irrespect des femmes sera banalisé, eh bien, je le dénoncerai. D’où qu’il vienne. Parce qu’au bout du compte ce sont les français qui décideront.

23 novembre 2006

Notre père

De manière très explicite, Lionel Jospin vient d’apporter son soutien à Ségolène Royal. Je connais l’homme et je n’en suis pas étonnée. Mais les commentaires de certains observateurs politiques – du style, « strict minimum », « du bout des doigts » …- m’énervent.

            Au moment où Edith Cresson, ancienne Premier ministre, la première en France, estime que « l’opinion publique est moins que jamais misogyne et la classe politique ne peut exprimer la misogynie qui lui est consubstantielle », je n’oublie pas que le « père » de la parité, dans notre pays, c’est Lionel Jospin. Et que sans l’action volontariste qu’il a menée, d’abord à l’intérieur du Parti socialiste en réservant 133 circonscriptions législatives à des femmes lorsqu’il en était Premier secrétaire en 1997, puis de Matignon avec l’instauration de la parité par la loi, nous n’en serions pas là.  D’abord parce que seule la contrainte de la loi a pu attaquer la misogynie des  partis qui, croyez moi, perdure, ensuite parce que la loi a conféré aux femmes la légitimité de se porter candidate.

            Alors, Ségolène Royal est aussi le produit de cette volonté politique que Jospin a porté jusqu’au bout. Et dont le succès lui est revenu en plein visage. Alors, de grâce que l’on n’insulte pas le père !